Il est
de ces chansons qui vous prennent au corps. Le rythme ? Les paroles
? oui mais pas seulement...
C'est en
faisant un peu de tri dans mon ordinateur que je suis
retombé sur cette chanson d'Alain Chanfort "Manureva".
Blottie confortablement parmi d'autres tubes des années 80.
Un double clic et me voici happé dans une atmosphère
étrange.
Tout d'abord il y a l'histoire que raconte
cette chanson (écrite par Serge Gainsbourg): la disparition
d'Alain Colas à 35 ans sur la route du Rhum en 1978 (voir
plus bas). Et les paroles de cette chanson, simples donc efficaces
car faciles à retenir. Il y a ce rythme
stéréotypée de cette époque musicale.
Et puis il y a des souvenirs d'enfance, des dimanches soir
où chez mes parents, mon père passaient en revue sur
le tourne-disques sa collection de 45 tours (et celui-là en
faisait partie).
Bref un doux parfum de nostalgie sur fond
de drame qui font de cette chanson un moment plutôt
troublant.
En vous laissant réécouter
l'oeuvre musicale d' Alain Chanfort, je vous invite à lire
la tragédie Manureva.
Où es-tu Manureva...
Alain
Colas
(1943-1978)
Le
navigateur solitaire
« Je suis
dans l’œil du cyclone. Il n’y a plus de
ciel ; tout est amalgame d’éléments, il y
a des montagnes d’eau autour de moi ». Tel est le
dernier appel radio du skipper du Manureva (en
tahitien : oiseau du voyage), le 16 novembre 1978, en pleine
route du Rhum. Le mystère de sa disparition n’a jamais
été éclairci.
Le 19 novembre 1994,
Clamecy célèbre la mémoire d’un enfant
du pays, trop tôt disparu, par l’émission
d’un timbre à son effigie avant sa commercialisation
nationale. Hommage à un homme, à la mer et à
l’eau, élément qui a contribué à
la prospérité de cette cité à
l’époque du flottage.
Né à
Clamecy le 16 septembre 1943, issu d’une famille de
faïenciers perpétuant une vieille tradition, Alain
Colas a fait d’excellentes études au collège de
la ville, et sa communion solennelle à la collégiale
Saint-Martin le 29 mai 1955. Encore étudiant, il crée
le club clamecycois de canoë kayak. Puis il part en Australie
où il enseigne le français. En 1966, il rencontre
Éric Tabarly qui lui offre son premier embarquement en tant
que cuisinier de bord. Mais cela ne le satisfait pas. Devenu
navigateur, il est alors critiqué, méprisé par
ses pairs qui le surnomment « le Parisien »,
mais aussi l’un des plus admirés par le public et les
médias.
Détesté ou
adulé, Alain Colas fait un parcours hors normes. En 1972, il
est vainqueur de la transat anglaise sur son premier Pen Duick IV
en 20 jours, 13 heures 15 minutes. En 1973-74, il est le premier
skipper à boucler le tour du monde en 169 jours sur le
Manureva. Il est également un précurseur en
matière de sponsoring et de gigantisme avec son quatre
mâts de 72 mètres : le Club
Méditerranée, qu’il a entièrement
conçu.
Lors d’une escale
à Tahiti, il rencontre Teura dont il aura trois
enfants : Vaimiti, Torea et Tereva. Il publie deux livres
: Cap Horn pour un homme seul et Tour du monde pour
une victoire.
En 1975, une
chaîne de mouillage lui broie la cheville. Ses ennemis
l’enterrent déjà ; mais lui se bat et
après vingt-deux interventions chirurgicales il
s’engage dans la Transat 1976 qu’il termine
deuxième, six heures après Tabarly.
En 1978, il
s’élance sur la « Route du
Rhum ». Le 16 novembre, il a une brève et ultime
conversation avec sa compagne Teura.
Les gros titres des
journaux témoignent du drame :
« Inquiétudes pour Alain Colas »,
« La Marine Nationale déclenche le plan de
secours en mer », « le Ministère de la
défense annonce l’arrêt des recherches du
voilier d’Alain Colas »… Longtemps ses
proches attendront au bout du quai de la Trinité sur Mer le
retour du Manureva. Dix ans après, son père
déclare que son fils s’est échoué,
amnésique, sur une île déserte… Teura,
elle, le sait mort. Elle dit : « Je ne lui reproche
pas d’être mort dans sa passion, mais de nous avoir
laissés dans ce monde ».
Collision dramatique
avec un cargo ? Vague fatidique qui l’emporte ?
Nouvelle vie dans un coin reculé de la planète ?
Aucune hypothèse n’a pu s’imposer. Mais comme
dit l’adage : « Nul n’est
prophète en son pays ». Aucune plaque
commémorative, aucune rue, aucun monument ne perpétue
à Clamecy le souvenir de cet homme hors du commun ,
épris d’aventure, persévérant et
courageux. Seule, la « légende Colas »
continue de courir les océans.