Ce mercredi avait lieu la deuxieme
partie des 8eme de finale de la Champions League. Toute la France
avait les yeux rivés du côté de Rome où
se rendaient les lyonnais. Toute ? Non une partie
d'irréductibles Liverpoolians avaient eux la tête du
côté de la Catalogne...
Barcelone - Liverpool belle affiche
n'est-ce pas ?
Après m'être
renseigné sur un des sites de fan club de Liverpool en
France, j'avais donc décidé de me rendre sur Paris
pour vivre ce match de manière atypique. Afin d'en garder un
moment unique. Et je fus servi !!!
Je m'étais donc donné
rendez-vous au Rush Bar, bar officiel du fan club de France (sur
Paris bien sûr), afin d'y rencontrer d'autres personnes comme
moi, venus encourager les Reds. A 30 minutes de chez moi j'arrive
donc métro St Sébastien, et je fais rapidement
connaissance de deux gars dont je vais ensuite perdre la trace en
rentrant dans le bar.
Un petit bar chaleureux aux murs
pourpres, à la lumière discrète. Un petit bar
plein à craquer. On y parle anglais, on y parle
français: en plein coeur de Paris, bienvenu outre manche my
dear ! A 10 minutes du coup d'envoi il faut savoir se faufiler
entre les maillots rouges, et trouver une petite place devant
l'écran géant du bar. Près du comptoir, une
pinte de Carling en main, je fais la connaissance d'Alan tout
d'abord, lui même à la recherche d'un petit espace et
d'une mousse rafraichissante.
Le match s'apprete à
commencer, nous sommes une centaine je pense, bien serrés
les uns contre les autres. Les yeux rivés sur les
compositions des deux équipes. L'ambiance est encore
discrète. Les barmen s'affairent. Le spectacle peut
commencer !
Après une première
occasion des Reds et 10 minutes prometteuses, Barcelone met la
pression sur la cage anglaise. Les coups de bouttoirs
répétés des rouges et bleus ne vont pas tarder
à avoir raison de la défense des Reds (pour
l'occasion en blanc). Zambrotta centre pour la tête de
Déco libre de tout marquage: 1-0. Deux ou trois supporters
de Barcelone laissent éclater leur joie. Légitime.
L'inquiétude monte d'un cran mais rapidement la rigueur
défensive des joueurs de Liverpool reprend le dessus et on
commence à se dire que 1-0 serait finalement une bonne
opération. Mais le match promet d'être long et
stressant, surtout que l'arbitre du soir, décide de siffler
ce qui ne se siffle pas d'habitude en angleterre (une poussette, un
duel rugueux).
"When you walk through a storm,
hold your head up high, and don't be afraid of the dark"
Ce qu'il y a d'unique dans ce club
de Liverpool, ce qui fait son âme entre autre, c'est que
jamais, même menés, les joueurs ne lâchent
prise. Ils se battent, vont au duel, "mouillent le maillot" comme
on dit dans le jargon, ce qui est grandement apprécié
et donc applaudi ici. Même dans la tempête
barcelonaise, les Reds n'abandonnent pas et l'espoir vit toujours
dans les têtes de chacun. Le match s'équilibrant, les
barcelonais reculant, les chants se font de plus en plus
présents. Je dois bien avouer d'ailleurs que je ne les
connais pas tous. Pas comme Rodolfo et Cyril, membres de la
French Branch des supporters de Liverpool, qui eux deploient leur
organe vocal avec générosité.
"At the end of a storm, there's a
golding sky, and the sweet sliver song of the laark"
Barcelone tente mais sans peser sur
le match et Liverpool continue d'imposer son fighting spirit. On
sent qu'à n'importe quel moment le match peut basculer et
c'est à la 43e minute que le gallois Craig Bellamy,
bénéficiant d'une hésitation du gardien
barcelonais, parvient à égaliser. La terre tremble
tout à coup sous mes pieds, le bar semble prêt
à exploser tant la ferveur et la joie ont envahi ce petit
coin de terre anglaise. Ce but, quand on sait qu'il peut valloir
double dans les matches aller-retour,prend une importance si
primordiale dans la qualification des Reds, que tout le monde s'y
voit déjà: "we won it 5 times, we woooooooon it 5
tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimes, and we'll won it 6 times"
(comprenez:" on a gagné cette coupe 5 fois, on va la gagner
une 6e fois). L'orage est passé, l'arbitre renvoie les deux
équipes au vestiaire, et le fameux "you'll never walk alone"
retentit ici.
Autant dire que malgré les
bières, malgré la chaleur, ce chant me donne toujours
autant de frissons.
Ce qui est atypique avec les
supporters de Liverpool, c'est que quand ils perdent ils
encouragent toujours leur équipe. Ils ont une culture, une
âme, une histoire qu'aucun club français n'a encore pu
égaler. Liverpool c'est un passé ouvrier, une ville
de travailleurs, une culture ouvrière, des valeurs de
travail de rigueur, de respect aussi. Ici on conteste certes, mais
jamais on ne dénigre, ni ses joueurs ni les joueurs
adverses. Ce n'est pas que du sport c'est plus que ça, c'est
ce qui fait l'âme de ce club, c'est ce qui fait que moi
même j'en suis supporter (sans pour autant tomber dans le
fanatisme).
"Walk on through the wind, walk on
through the rain, and you'll never walk alone"
Les joueurs reviennent, les
applaudissements font à nouveau trembler le bar et coupent
net nos discussions avec Cyril et Rodolfo. Il semble que
définitivement, l'égalisation a fait tourner le match
en faveur des Reds. Encore plus combatifs et conquérents,
ils bousculent les barcelonais dont on peut commencer à lire
l'inquiétude sur le visage. Il va se passer quelque chose,
ça se sent !
Ce que je pensais être de la
ferveur dans les chants d'encouragement n'est rien par rapport
à ceux qui vont suivre. "Liverpool, Liverpool, Liverpool" je
me demande même si je vais pas y perdre un peu de ma voix.
Rien de mieux donc qu'une deuxième bonne pinte pour apaiser
la gorge. Bonne idée car après quelques occasions
nettes, Liverpool prend l'avantage grâce à Riise
servit sur un plateau par l'altruiste Bellamy. 2-1, deuxième
explosion magistrale, la liesse est totale, franche,
déployée, généreuse. Rodlofo me tombe
dessus, l'esprit des Reds vient à nouveau de frapper un
grand coup. C'est à la fois magique et objectivement logique
tant ils avaient su, petit à petit, imposer leur griffe sur
le match. "we'll won it 6 tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimes". Il ne reste
alors plus que quelques minutes à jouer, un ultime frisson
parcourt le bar quand Déco envoie un coup franc
sur la barre de Reina. Mais même si y avait eu 2-2, tout le
monde aurait fêté ça ici. De toutes
façons même quand ils perdent 6-3 comme c'est
arrivé en début d'année, les supporters de
Reds continuent de chanter. La beauté du football à
Liverpool c'est ça: faire la fête quoi qu'il
arrive.
Voilà l'arbitre siffle la
fin, et nous saluons dans une ferveur encore montée d'un
cran la magnifique performance des Reds. "Everything is possible
with Liverpool" le barman se lâche définitivement en
arrosant de champagne tous ceux, dont moi qui se trouvaient
prêt du bar. Deux filles montent sur ce même comptoir,
les écharpes et les drapeaux déployés viennent
s'ajouter à la liesse la plus totale. C'est juste un match
de gagné ? Peut importe, fêtons le sans retenue , et
c'est finalement un dernier "You'll never walk alone" de folie qui
vient conclure une soirée magnifique.
Si je ne devais pas me lever si
tôt le lendemain, je serai bien resté encore un peu,
mais il est est déjà l'heure de quitter ce petit
coccon. Poignées de mains franches et chaleureuses avec
Rodolfo et Cyril, accompagnent mon départ "A une prochaine
Denis, nous on est toujours là".
Dehors il fait frais, la
bière me tiendra encore un peu au chaud. La voix affaiblie,
les yeux pleins d'étoiles, je me rentre tranquillement.
L'atterissage se fera en douceur, la tête est ailleurs, loin
de Paris, près du fleuve Mersey, dans une ville
appelée Liverpool...